
©Adobe Stock

Et s’il existait un moyen pour
lutter contre la précarité alimentaire ?
La précarité alimentaire n’est pas qu’un problème des pays du Sud, ça l’est aussi pour les pays du Nord, dont la France. Cependant, comme déclare Antoine Bernard de Raymond, sociologue à l’INRAE « Pas de thermomètre, pas de température, pas d’outils de mesure, pas de réalité du phénomène ». Ainsi, pour y remédier, l’Agence nationale de recherche (ANR) finance le projet de recherche A-MAP (Précarité alimentaire : Mesures, Analyses et Politique). Au côté de ces doctorant·e·s Corentin Roy et Louise Doglio, Antoine est porteur du projet à Bordeaux Sciences Économiques.
Êtes-vous en précarité alimentaire ?
La précarité alimentaire ou insécurité alimentaire, c’est ne pas pouvoir satisfaire ses préférences alimentaires en quantité ou en qualité. Ainsi, manger devient un choix, la faim est constante, les courses se font plus rares alors que les placards sont vides et les aliments de moins bonne qualité. Il s’agit d’une situation qui est plus un ressenti personnel selon Antoine.
C’est pourquoi, avec le Crédoc (Centre de Recherche pour l’Étude et l’Observation des Conditions de Vie), une technique inédite en France a été utilisée pour mesurer la précarité alimentaire : aller poser directement la question aux français·e·s. En effet, jusqu’à présent, c’était réalisé avec des critères matériels alors que, comme l’indique Antoine : « Au-delà de la précarité alimentaire, on voit que les indicateurs subjectifs de pauvreté et de santé sont parfois meilleurs ».
« [La précarité alimentaire] est plus élevée que ce qu’on pense habituellement »
Avec cette méthode, Antoine déclare que « [La précarité alimentaire] est plus élevée que ce qu’on pense habituellement », y compris les associations d’aides alimentaires. Cela concernerait 16,5% de la population française. Parmi eux, ce sont des personnes vulnérables (avec peu de moyens, sans emploi, étudiant·e·s, retraité·e·s…) mais aussi des personnes avec des contraintes budgétaires temporaires (foyers accueillant un nouvel arrivant dans leur famille etc…), tant de profils différents !
Avec cela, Antoine révèle que « Sur une dizaine d’années, il y a 20% de la population qui se dit avoir été touchée par la précarité alimentaire au moins 1 fois ». Si les aides alimentaires ne suffisent pas, il faut proposer une autre solution.

© Adobe Stock
« C’est un vrai défi… »
Au vu des résultats, nous pourrions l’envisager. Alors que les aides alimentaires existantes dépendent des dons, la sécurité sociale de l’alimentation semble être une bonne alternative. Cependant son devenir est plus incertain. Antoine Bernard de Raymond explique que « C’est un vrai défi : dans quelles conditions un système comme celui-là peut-il devenir acceptable pour la population ? » Ce qui est évident dans le cas de la santé où tout le monde est prêt à payer, est différent avec la question de l’alimentation. Ici la solution est plus dure à faire accepter à la population. Il y a moins de risques d’être en précarité alimentaire que de tomber malade. Pour l’appliquer, « il faut que la caisse de la sécurité sociale de l’alimentation […] apporte quelque chose, que [les foyers] ne trouvent pas ailleurs ». Beaucoup de choses sont encore à imaginer pour mettre en œuvre ce projet de manière durable.

© Adobe Stock
Plus qu’un an.
Durant la dernière année du projet A-MAP, l’équipe va concentrer ses efforts sur la communication. Plusieurs articles sont à venir dans des revues scientifiques, 2 livres sont en cours d’écriture et une conférence internationale sur la précarité alimentaire dans les pays du Nord aura lieu les 13 et 14 octobre en 2026, à l’Académie du Climat à Paris. D’autres pays faisant des expérimentations similaires y participeront. L’objectif est « d’institutionnaliser le suivi de la sécurité alimentaire » et « d’expérimenter au sens d’ancrer les choses, de les pérenniser ».
Seriez-vous prêt à cotiser pour cette nouvelle sécurité sociale ?
Mis à jour le 1er juillet 2026.
Sociologue à l’INRAE